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NOTES

*Synopsis détallié
*Haute définition
*Sœurs Puig Antich
  Lettre des sœurs Puig Antich

Lorsqu'on nous a proposé de soutenir la réalisation de ce film, nous avons profité d'une réunion de famille pour mettre le sujet sur le tapis. Immédiatement nous nous sommes rendu compte que les avis étaient partagés. Deux d'entre nous étaient «plutôt pour» et les deux autres «plutôt contre». Puisque chacune avait des raisons de poids, aussi bien pour le «oui» que pour le «non», nous nous sommes disputées en bonnes sœurs que nous sommes pendant un temps. La première imaginait ce que penserait notre frère et il lui semblait déjà l'entendre dire: «Les filles, vous êtes cinglées!». La deuxième avait bien du mal à revivre l'histoire et à assumer un protagonisme que, dans la plupart des cas, nous avons fini par accepter malgré nous. La troisième avait le vertige à l'idée d'entrer, de force, cela va sans dire, dans ce montage industriel propre au cinéma et dans tout ce que cela représente. Toutes, nous ressentions un grand respect envers le fait que bon nombre des protagonistes (collègues du MIL, amis et bien d'autres personnes concernées, dans le bon comme dans le mauvais sens) puissent se sentir affectés de quelque façon que ce soit, injustement traités ou malinterprétés. Il convient de dire que les motifs du «non» ne tenaient compte d'aucun aspect de nature idéologique, c'est-à-dire de si l'image des convictions et de l'activisme des membres du MIL, et même de l'actuelle vigueur de certaines idées des années soixante-dix du siècle dernier, en souffrirait. Il y a d'autres personnes nettement plus spécialistes en la matière.

Notre objectif a toujours été de réclamer, en tant que famille qui a dû vivre cette tragédie, et avec le soutien d'une grande partie de la société, la réparation de l'injustice commise lorsque notre frère a «légalement» été assassiné suite à un procès qui ne fut rien de plus qu'une farce. C'est aussi simple et clair que cela. Mais cela fait déjà trente-deux ans que nous avons dû rester fermes dans notre conviction qu'un jour, ce que nous attendons arrivera. Alors c'est avec joie que nous laisserons dernière nous la multitude d'actes auxquels nous avons assisté depuis 1974 et jusqu'à maintenant, pour faire mieux connaître l'histoire de Salvador. Combien de fois l'hystérie ne nous a-t-elle pas envahies parce que nous devions passer à la télé pour expliquer ce qui s'était passé, combien d'interminables interviews à la radio, combien de dates anniversaire (dixième anniversaire, vingtième anniversaire, vingt-cinquième anniversaire, trentième anniversaire…), combien de journalistes de quotidiens et de revues ne nous ont-ils pas assommées de questions -dans le bon sens du terme-, combien de présentations de livres, de présences à des actes où on parlait de Salvador... Naturellement, nous avons fait tout cela pour lui. Et ce n'est pas maintenant que nous allons jeter l'éponge.

Heureusement, au fil des années, nous avons trouvé des soutiens inestimables. Nous avons reçu l'affection, le soutien et les encouragements de tellement de personnes qu'il serait impossible de toutes les citer. Nous leur en serons toujours profondément reconnaissantes. Nous avons également reçu le soutien décisif de certains partis politiques catalans qui permirent l'adoption par le Parlement Catalan d'une aide économique destinée à financer le coût d'une équipe d'avocats pour s'occuper de la révision du procès par devant la plus haut autorité judiciaire compétente du moment. Ce processus est à présent en cours et c'est avec les traditionnelles réserves que nous avons placé en lui de grands espoirs.

Nous croyons que ce que nous avons exposé jusque là explique le fait que malgré les doutes, nous ayons fini par accepter de soutenir la réalisation de ce film. Faire connaître l'histoire de Salvador au travers d'un film est un élément de plus parmi tout ce que nous avons dû faire au long de ces trente-deux ans : maintenir en vie le souvenir et mettre en contact ces faits avec les générations actuelles. Par ailleurs, il y avait également d'autres raisons de poids pour dire «oui»: nous ne voulions pas que l'histoire de Salvador ne tombe aux mains de n'importe quel producteur qui ne nous inspirerait pas confiance, nous ne voulions pas que n'importe quel scénariste sans scrupules ne la dénature, ni qu'elle soit manipulée par n'importe quel réalisateur désireux de se faire mousser. Le film devait contribuer à faire connaître une partie de l'histoire de ce pays à une époque agitée; il signifiait la possibilité de montrer qu'il y a beaucoup d'autres cas comme celui de Salvador qui n'ont pas reçu de juste réparation de la part d'une démocratie qui se targue d'avoir bâti un État de Droit, mais qui n'a encore pas demandé pardon et qui n'a encore pas rendu justice au grand nombre de crimes commis sous le régime qui l'a précédée.

Notre «oui» exprime la confiance que nous ont inspirée Jaume Roures, Lluís Arcarazo, Manuel Huerga, Lluís Llach… Comment aurions-nous pu nous opposer à tous ces gens qui, bien avant le projet du film, avaient déjà manifesté qu'ils étaient de notre côté? Francesc Escribano, l'auteur de 'Cuenta atrás', le livre sur lequel se base le scénario du film, mérite une mention spéciale. Son amitié et ses considérations se sont avérées décisives. Il ne nous a pas seulement encouragées, parce que lui aussi se sentait concerné, il nous a également assuré que le processus du film et le produit final seraient totalement dignes. Déjà au moment de cette échange d'impressions, nous répétions nos conditions: «Nous ne voulons pas que Salvador soit traité comme un héros parce qu'il n'était qu'un jeune parmi tant d'autres; nous ne voulons pas donner l'impression que Salvador fut un martyr innocent car il a toujours agit pleinement conscient de ses actes et en conséquence; nous ne voulons pas que Salvador soit présenté comme un brave garçon que certaines circonstances et l'influence de certaines personnes ont entraîné sur le mauvais chemin ; nous ne voulons pas les moments les plus dramatiques soient présentés de façon morbide parce que nous les avons vécus depuis l'impuissance, depuis la rage et parfois aussi depuis le désespoir, mais toujours avec dignité…».

Voilà ce que nous disions, et c'est ce qui, nous en sommes convaincues, fit mouche auprès des responsables du scénario et de la réalisation, et auprès des comédiens et des comédiennes eux-mêmes. Nous avons parlé avec eux à de nombreuses reprises, ils nous ont montré les premiers scénarios, nous avons apporté des suggestions, fait des modifications... Et nous avons aussi laissé travailler les professionnels. Nous avons compris qu'ils devaient construire un film qui fonctionnerait en tant que tel : une histoire intelligible, avec du rythme, de la tension, des questions en permanence… Mais là, ce n'était déjà plus notre travail.

Malgré tout, au fur et à mesure que le film avançait, les contacts se succédaient, et la communication est restée à tout moment marquée par l'amabilité de l'équipe, comédiens compris. Comme si autour de l'idée Salvador, se tissaient des relations mues par l'affection et naissaient des expériences très profondes.

C'est donc en ce sens que nous savons que nous ne nous sommes pas trompées. Après avoir vu le film, nous sommes convaincues que nos conditions ont été respectées: notre frère n'est présenté ni comme un martyr, ni comme un héros, le film ne vend même pas l'image d'une innocence absolue. Nous croyons que les faits trouvent leur juste place dans le contexte des années du franquisme, lorsque la peur était le pain quotidien de chacun des citoyens de ce pays.

L'impression que peut donner Salvador pour une bonne partie des spectateurs traduit peut-être légèrement l'idée de ce que nous avons vécu et continuons à vivre depuis ce 2 mars 1974. Jour après jour, nous nous souvenons de notre frère et nous demandons à qui veut bien nous écouter de reconnaître que sa mort a été un assassinat, fruit d'une conjoncture historique pleine de fatalité et d'un système judiciaire basé sur ce qu'il y a de plus contraire à la justice, c'est-à-dire sur une dictature.

Déjà en 1974, c'était clair pour beaucoup : une grave injustice avait été commise, le régime avait donné une nouvelle preuve de sa cruauté. Mais Franco est mort dans son lit, la transition politique fit un grand exercice d'amnésie et les démocrates en général eurent trop de travail avec l'organisation d'une nouvelle société qui partait d'une soi-disant «table rase». Comme si de rien n'était, comme si le régime qu'elle laissait derrière elle n'avait pas commis d'innombrables crimes, comme si certains des nouveaux démocrates n'avaient pas eu de sang sur les mains. C'est pourquoi nous avons éprouvé autant de difficultés et pour cela qu'aujourd'hui encore, nous luttons pour ce qui, nous en sommes convaincues, finira par se produire: la reconnaissance légale de l'injustice commise envers Salvador et envers nous, sa famille.


Imma, Montse, Carme et
Merçona Puig Antich

texte extrait du
livre du film
DVD

salvadorpuigantich.com

le livre
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